
L’Evangile au risque du bien-être
Marc Rossier, pasteur jeunesse du Chablais vaudois, s’est formé à la programmation neurolinguistique (PNL) et à l’hypnose stratégique pour avoir des outils d’accompagnement lorsqu’il occupait le poste de coordinateur cantonal jeunesse. Il y a perçu des plus-values qui l’ont aidé dans son ministère.
L’Evangile comme appel à grandir
«Je conteste la posture parentale que les Églises sont tentées d’avoir parfois. Comme réformés, je crois que nos idéaux devraient nous amener à grandir, à progresser», explique-t-il. «En fait, je crois que l’Evangile nous appelle à grandir.» Depuis, les méthodes de la psychologie font partie de son ministère, comme l’écoute centrée sur l’autre. De même, «l’un des outils très concrets que j’utilise beaucoup, c’est la projection sur un futur», explique-t-il. «Je propose à un jeune de s’imaginer, par exemple, ayant réussi un examen. Il doit alors décrire les étapes qui ont conduit à cette réussite. Cela permet de se placer dans une optique positive et de savoir par où commencer.» Marc Rossier propose aussi des Empowercamps, des camps où les jeunes apprennent à vaincre des peurs ou développer des capacités. «Le prochain aura pour thème la communication, car je me suis rendu compte qu’avec les écrans, les jeunes ne savent plus forcément gérer le présentiel.» Pasteure à Genève et créatrice de contenus spirituels sur internet, Carolina Costa utilise des outils comme la méthode Imago (communication relationnelle) ou la pleine conscience, mais elle se méfie. «Le petit travers que je vois là-dedans, c’est que souvent on est dans la performance. Il faut atteindre la meilleure part de soi-même», explique-t-elle. «Cela peut être culpabilisant.»
Développer l’humanité à la suite du Christ
Au développement personnel, la pasteure préfère le développement spirituel. «Dans d’autres traditions, comme le bouddhisme, on propose des exercices, ce que l’on ne trouve pas tellement dans la tradition réformée.» Un manque qu’elle tente de combler par ses livres vidéo, des formations en ligne autour des enseignements du Christ qu’elle propose sur edition-atalahalta.video. «Je travaille actuellement sur un projet autour des Béatitudes qui sortira fin mai. Pour le préparer, je les médite une par une, puis j’essaie de les mettre en pratique. Par exemple ‹ bienheureux les doux ›: je vais d’abord chercher à comprendre comment Jésus incarne la douceur. Puis je vais m’y exercer moi-même concrètement dans mon quotidien et voir ce que cela transforme en moi et autour de moi.» Une pratique qui la conduit à un constat: «En fait, le Christ a donné tous les outils de développement,mais je n’appellerais pas ça ‹ personnel ›, parce que je trouve que c’est plus profond. Des outils de croissance en humanité en chacune et chacun.» À la Maison bleu ciel, un ministère pionnier à Genève, le pasteur Nils Phildius propose un cheminement en deux temps où le travail sur soi prépare une ouverture plus profonde. «On accueille les gens commeils sont. La première étape, c’est de recevoir la personne avec ce qu’elle porte, ses fatigues, ses blessures, ses émotions», dit-il. Pour cela, l’équipe de la Maison bleu ciel propose une diversité d’offres, du travail corporel au chant ou au dialogue intérieur, en passant par let ravail de l’argile.
Renouer avec la source
Cependant, il marque une rupture nette avec le développement personnel classique qui viserait une «meilleure version de soi-même». Pour Nils Phildius, l’étape suivante est de «guérir de l’ego». «Se dire: ‹ Au fond, je ne suis pas que ça. Je ne suis pas que mon ego, je ne suis pas que ce à quoi je m’identifie. Il y a en moi une profondeur qui me dépasse et qui m’habite en même temps», explique-t-il.
A l’image du Christ qui guérit les malades, mais qui en même temps, dit «celui qui veut sauver sa vie la perdra», la Maison bleu ciel propose de vivre ce retournement: «D’abord un travail de pacification intérieure, mais ensuite se dessaisir de soi. Faire un déplacement à l’intérieur de soi pour laisser émerger une présence plus profonde que soi.»



