
Quand la théologie se met au rythme du jazz
« Comme dans les psaumes, le jazz permet à toutes les émotions humaines de s’exprimer : du cri le plus désespéré jusqu’à la louange. Cette musique constitue donc une forme de prière. » Le professeur Christophe Chalamet en est convaincu : le jazz est digne d’être étudié en théologie. D’abord parce que les racines de cette musique remontent au peuple noir opprimé en Amérique, qui a transformé ses invocations en chants spirituels. Mais aussi parce que ses formes très libres et diversifiées (du gospel à la soul, jusqu’au free jazz voire à l’acid jazz) sont à la fois très structurées. Une ambivalence qui rend cette musique proche des réalités explorées par le langage de la foi : « Les musiciens jazz, à la manière des croyants, improvisent en direct, ils sont en constante écoute les uns des autres, et même en dialogue. Le jazz se joue dans une grande liberté, mais il répond également à des codes bien précis, à des références partagées, qui forment presque une sorte de ‘canon’, comme on dit en théologie pour évoquer la Bible. » Des rapprochements qui ont donc incité ce professeur de théologie systématique à l’Université de Genève à mettre sur pied deux journées d’étude consacrées à ces convergences (voir encadré).
Parmi les interventions programmées, toutes en anglais, une réflexion sur l’impact des negro spirituals et du blues sur les mouvements pour les droits civiques et humains. « Le jazz comporte une dimension démocratique et égalitaire, dans l’échange entre musiciens. De plus, cette musique, par les thèmes qu’elle évoque, contribue au combat pour la liberté, elle soutient des engagements politiques dans des contextes d’oppression », argumente Christophe Chalamet. Lequel organise ces journées en collaboration avec la Fondation Martin Luther King de Caroline du Nord (NorcalMLK), qui encourage précisément les initiatives favorisant la réflexion autour des droits civils ou de la justice sociale.
A la manière de Thelonius Monk
Ce sera l’occasion notamment de se lancer dans une « théologie à la manière de Thelonius Monk », le fameux pianiste de jazz, auteur de nombreux standards, dont le nom même signifie « moine » en anglais… On y tentera un dialogue, chaloupé, entre deux grands solistes de la théologie du 20e siècle : le dogmaticien bâlois Karl Barth et le théologien afro-américain James Cone.
Parmi les intervenants, le saxophoniste Uwe Steinmetz, musicien de renom et docteur en théologie. Il cherchera à « identifier les éléments musicaux qui contribuent à générer un sens religieux dans la performance jazz et à explorer comment l’expérience religieuse peut inspirer la composition jazz », en allant jusqu’à ouvrir de nouvelles perspectives « post-profanes » sur cette musique… En guise d’illustration, il animera au saxophone, avec d’autres artistes, une prière du soir au cours du colloque (voir encadré).
Alors que les relations entre la théologie et la musique en général sont étudiées depuis longtemps, ces deux jours de rencontre entendent souligner que celles entre la théologie et le jazz méritent de l’être tout autant. D’où ce programme stimulant, dans un domaine bien peu abordé dans les Facultés de théologie réformées et au sein des Églises.
Deux journées d’étude
Quand la théologie rencontre le jazz : lundi 11 mai, 13h30-17h30, et mardi 12 mai, 9h30-11h30, Salle André Trocmé, rue Jean-Dassier 11, Genève.
L’ensemble de la rencontre se tiendra en anglais. Entrée libre. Informations et inscriptions : sandrine.sciarrino@unige.ch
Une prière du soir sera célébrée en jazz : lundi 11 mai, 19h, Emmanuel Episcopal Church, rue Docteur-Alfred-Vincent 4, Genève.



