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Photo by Chance Agrella from Freerange Stock
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Photo by Chance Agrella from Freerange Stock

Ne parlez plus de « thérapies de conversion »

17 septembre 2026
 
4 min de lecture
Aujourd’hui, les chercheurs parlent de moins en moins de « thérapies de conversion » et de plus en plus de « pratiques visant à modifier ou à réprimer l’orientation affective et sexuelle ou l’identité de genre ». Cette évolution répond à une réalité. Les explications d’Adrian Stiefel, responsable de l'Antenne LGBTI de l'Église protestante de Genève (EPG) et chargé de ministère.

Le 8 septembre, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) a publié un rapport sur les thérapies de conversion sous-titré « Pratiques visant à modifier ou réprimer l’orientation affective et sexuelle ou l’identité de genre en contexte religieux ou spirituel dans les cantons de Vaud et de Genève ». L’emploi du pluriel pour le mot « pratiques » est délibéré : en réalité, les thérapies de conversion ne sont que l’exemple le plus criant d’un ensemble d’interventions hétérogènes – et celles-ci sont toutes dangereuses.

À mettre entre guillemets

Elles s’inscrivent dans un continuum qui comprend des lectures dirigées, des prières avec imposition des mains, des accompagnements spirituels (où, sous couvert d’écoute, la personne est amenée à percevoir son orientation sexuelle comme le symptôme d’un traumatisme ou d’un dysfonctionnement affectif), des séances de délivrance ou d’exorcisme, de prétendus soins énergétiques ou holistiques censés « réaligner les énergies masculines et féminines », pour ne citer que les exemples les plus connus.

Ainsi, parler de thérapies de conversion « ne rend pas compte de la pluralité des interventions », affirment les auteurs du rapport, Philippe Gilbert, Mischa Piraud et Manéli Farahmand. Significativement, dans une étude menée pour l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 2020, l’expression « thérapies de conversion » est mise entre guillemets. La littérature anglophone propose d’ailleurs une autre appellation : Sexual orientation and gender identity and expression change efforts, que l’on traduit au Québec par « efforts de coercition visant à changer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre ».

Pratiques spectaculaires

« Parler de thérapies de conversion est assez réducteur, confirme Adrian Stiefel, responsable de l'Antenne LGBTI de l'Église protestante de Genève (EPG) et chargé de ministère. Beaucoup d’interventions n’ont rien à voir avec une thérapie au sens médical ou psychothérapeutique du terme. » À côté des formes spectaculaires qui retiennent facilement l’attention du public, comme les exorcismes et les séances de délivrance, il y a des choses moins tapageuses : par exemple, expliquer à une personne homosexuelle qu’elle doit renoncer à toute vie affective et sexuelle, l’encourager à réprimer ou à « canaliser » ses désirs, ou encore lui présenter le célibat et l’abstinence comme la seule manière acceptable de vivre son homosexualité devant Dieu.

« Je pense que ces formes peuvent être tout aussi délétères que les thérapies de conversion au sens classique du terme, déclare Adrian Stiefel. Bien sûr, on ne peut pas mettre sur le même plan des paroles prononcées ponctuellement et une séance d’exorcisme. Mais si celles-ci s’inscrivent dans la durée et dans un système de croyances, elles peuvent entraîner des blessures tout aussi profondes. Au final, la question qui se pose est la suivante : est-ce que l’on accompagne réellement la personne dans son propre discernement, ou est-ce que l’on cherche, explicitement ou implicitement, à l’amener vers une issue déterminée à l’avance ? »

Emprise et abus spirituel

Après plus de dix ans d’accompagnement de personnes confrontées à des situations de ce type, Adrian Stiefel constate que « les blessures les plus profondes ne sont pas nécessairement proportionnelles au caractère spectaculaire de la pratique. Elles sont souvent liées au message qui finit par s’ancrer durablement chez la personne : quelque chose en elle doit disparaître pour qu’elle puisse être pleinement aimée, reconnue ou accueillie. »

Toutes ces mesures sont donc délétères, parce qu’elles touchent directement à la construction identitaire, souligne Adrian Stiefel. « Lorsqu’une personne entend pendant des années que ses désirs, son orientation sexuelle ou son identité de genre sont contraires à la volonté de Dieu, elle peut progressivement intérioriser ce regard. » Par conséquent, on peut se demander si les personnes qui se laissent convaincre de suivre une mesure de conversion sont vraiment en situation d’en décider librement, sans contrainte.

Brochure de sensibilisation

Le fait que le message qui sous-tend ces mesures ne soit pas présenté comme une opinion personnelle, mais comme une attente divine, fait que leur puissance de destruction est beaucoup plus marquée. « C’est là que nous touchons aux mécanismes d’emprise et, dans certaines situations, à ce que je qualifie d’abus spirituel », poursuit Adrian Stiefel.

Et de préciser que les mesures de conversion ne naissent pas dans le vide : elles deviennent possibles lorsqu’on évolue dans un système de croyances selon lequel il existe une façon « conforme » de vivre sa vie affective et sexuelle qui exclut toutes les autres. « C’est pour cela qu’une interdiction des mesures de conversion, même si elle est nécessaire, ne suffira pas, conclut Adrian Stiefel. Il faudrait l’accompagner d’un travail de sensibilisation, de formation et de dialogue, notamment au sein des communautés religieuses. » Et justement, le CIC a décidé de préparer une brochure de sensibilisation ainsi que des recommandations à l’intention des autorités religieuses, des membres de communautés religieuses ou spirituelles, des proches et des professions de la santé et du social.