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© Christoph Wildfang
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© Christoph Wildfang

Chrétiens en Inde : la prudence est de mise

 
3 min de lecture
Autel
Pays de contradictions, l’Inde accueille des communautés chrétiennes bien établies, tandis que d’autres subissent discriminations et violences. Les expatriés font preuve d’une certaine prudence pour vivre leur foi. Reportage.

Christoph Wildfang, pasteur de la communauté protestante germanophone de l’Inde du Nord, nous reçoit dans son quatre-pièces situé dans un quartier calme et vert au sud de Delhi. Dans son salon, il a installé un étonnant petit autel «fait maison»: une croix en bois, une Bible, un calice, des bougies, un mobile composé de photos de membres de la communauté malades ou décédés.

Chaque dimanche, entre dix et vingt personnes s’y retrouvent pour prier et chanter, tandis que certaines suivent la rencontre en ligne. «Lors d’occasions plus importantes comme Noël, nous nous rendons dans une des trois ambassades germanophones (Allemagne,
Suisse et Autriche). Jusqu’à 250 personnes participent aux cérémonies. Le culte se déroule uniquement en allemand», raconte le pasteur.

C’est que l’Inde a une histoire ancienne et complexe avec le christianisme. Les activités missionnaires européennes et américaines ont parfois été liées à des rapports de pouvoir hérités de la période coloniale et ont suscité des tensions autour des conversions. Aujourd’hui encore, la question des conversions au christianisme occupe une place importante dans le débat public.

Dans plusieurs États, des lois prévoient des sanctions lorsqu’une conversion est considérée comme obtenue par la force, la fraude ou l’incitation. «En tant que minorité, nous veillons à respecter les dispositions légales. En six ans, je n’ai baptisé aucun Indien», tient à préciser Christoph Wildfang.

Les difficultés des communautés locales 
«Mon travail pastoral me remplit tout de même de joie», souffle l’Allemand de 67 ans, qui célèbre également des baptêmes et des obsèques. «Je peux me promener sans problème dans mon quartier avec mon col de pasteur. Je ne me suis jamais senti menacé. Mais il faut distinguer les expériences que nous faisons en tant que communauté étrangère de celles de nombreuses communautés chrétiennes indiennes, qui vivent des situations beaucoup plus difficiles.» «Selon ce que j’entends et observe, la situation des chrétiens en Inde est devenue plus diff icile ces dernières années», abonde son collègue catholique, le père Arul Lourdu, docteur en théologie, qui a officié vingt-deux ans en Allemagne avant de rentrer dans son pays natal. Lui aussi reçoit ses coreligionnaires germanophones le dimanche dans son appartement. Au salon, il a aménagé une chapelle plus vraie que nature. La messe est suivie d’un moment chaleureux entre thé, café et gâteaux. Une fois par mois, il célèbre avec le pasteur Wildfang une cérémonie commune, en allemand.

Largement minoritaires
L’Église catholique indienne et les Églises protestantes traditionnelles sont bien établies. La Constitution indienne garantit la liberté de conscience ainsi que le droit de professer, pratiquer et propager sa religion. Mais les chrétiens restent très minoritaires (environ 3 % de la population), rappelle le père Lourdu.

Parallèlement, de nombreuses communautés pentecôtistes et évangéliques libres se sont développées ces dernières décennies. Certaines sont particulièrement exposées aux accusations de conversion forcée ou d’incitation aux conversions, formulées par les milieux hindous nationalistes.

Selon les régions d’Inde, les chrétiens et d’autres minorités religieuses peuvent être confrontés à des discriminations ou à des actes de violence, rappellent régulièrement des organisations de défense des droits humains et de la liberté religieuse. En 2025, elles ont enregistré près de 750 cas documentés de violences contre des chrétien.