
Hâte-toi lentement

On dit que l’Église pense en siècles. C’est très pratique, car lorsqu’un projet met cinq ans avant d’aboutir, on se dit: «Oh! C’est allé vite!» Prenez Réformés. Pour son centième numéro, nous travaillons déjà à Réformés 2.0. Mais rien ne semble presser. Dans nos Églises, une bonne idée doit d’abord être pensée, discutée, consultée, amendée, rediscutée, budgétée, validée par au moins quatre instances différentes avant d’avoir une chance d’aboutir. Lorsque cela arrive enfin, le monde a souvent changé.
C’est l’un des charmes du semper reformanda. L’Église toujours en réformation. Et comme elle y met un certain temps, elle doit parfois recommencer avant même d’avoir terminé. Nous courons ainsi après le train. Non que nous manquions de locomotives. Nous en avons même d’excellentes. Mais nous persistons à les faire fonctionner à la vapeur. Il faut alors beaucoup de charbon, quelques pelletées d’enthousiasme, beaucoup de persévérance et des gens assez obstinés pour continuer d’alimenter la chaudière. La Bible, heureusement, nous a préparés à cette temporalité. Sarah attendit si longtemps l’accomplissement de la promesse qu’elle finit par en rire. Elle avait 90 ans lorsqu’elle accoucha enfin d’Isaac. À côté, cinq ans pour transformer un journal, cela relève presque du sprint.
Il ne faudrait pourtant pas confondre patience et immobilité. Le monde, lui, ne consulte personne avant de changer. Alors, avançons. Lentement, puisqu’il le faut. Mais hâtons-nous.





