
L’espérance, un combat qui se mène en relation
Que dire de l’espérance quand la dépression vous prive de tout espoir? Pasteures faisant l’expérience de la maladie, Bettina Beer et Noriane Rapin pointent la différence qui existe en français entre «espoir» et «espérance». «Pour moi, l’espérance est liée à une notion de combat. Ce n’est pas simplement quelque chose que l’on ressent, c’est quelque chose que l’on choisit. J’ai eu le temps d’y penser beaucoup ces derniers mois et je suis fâchée contre l’idée que l’espérance chrétienne, c’est de se dire que tout va bien. Non, pour moi, l’espérance chrétienne, c’est la conviction que Dieu nous rend capables d’actes éternels tels qu’aimer. Garder cette conviction est un choix et un combat au quotidien», plaide Noriane Rapin. «L’espérance, c’est ce qui reste malgré tout», complète Bettina Beer. «Elle ne nie pas tout ce qui est difficile ou insurmontable.» Hospitalisée en 2019, elle se souvient: «J’ai passé une petite dizaine de jours dans un service où nous étions une vingtaine d’adultes germanophones.
Plusieurs personnes m’ont dit de garder l’Hoffnung. J’étais nouvelle dans ce monde, et j’ai pris conscience que c’était vraiment quelque chose de suffisamment important pour ces personnes. Ils partageaient cette espérance que malgré leur souffrance, ils gardaient la foi qu’il y avait un chemin, que cela valait la peine.»
Espérance par procuration
Bettina Beer accorde beaucoup d’importance à ce partage. «Je passe encore par des moments où très clairement je n’ai ni espoir ni espérance, mais le fait de savoir que d’autres en ont pour moi me porte. Dans les temps difficiles, savoir que d’autres croient qu’il y a un avenir pour moi, que tout n’est pas perdu, qu’il y aura des jours où ça ira mieux est une vraie aide», témoigne-t-elle. «Cela m’offre réellement quelque chose à quoi me raccrocher.»
Pour Noriane Rapin aussi, l’espérance est indissociable de l’amour et de la relation: «Dans mon cas, la dépression, c’était vraiment l’impression très nette d’être dans un puits avec des murs complètement lisses. Tu ne sais pas comment remonter. Il n’y a rien que tu puisses faire ou à quoi tu puisses penser pour t’en sortir. Ce qui m’a aidée, c’est le fait que j’étais encore capable d’être en relation avec mes amis, ma famille, les gens que j’aime. Et puis, le fait que ces gens ont aussi répondu. Cette solidarité, cette tendresse m’ont portée. Juste un petit message parfois m’a permis de me dire ‹ oui, il y a de la vie.»
Voir le royaume dans les liens
«Je ne sais pas si un jour je serai complètement guérie, mais là où j’en suis, cette espérance qu’il y a quelque chose du royaume de Dieu qui est déjà là ici et maintenant me suffit.» À contrario, pour Bettina, espérer le royaume de Dieu après la vie peut être contre-productif. «Plusieurs personnes m’ont demandé si ma foi m’avait aidée. Ca n’a jamais été le cas parce que, quelque part, un élément auquel je crois vraiment, c’est qu’il n’y a rien qui peut me séparer de Dieu, même pas la mort. Face à des pensées suicidaires, c’est super-dangereux parce que la mort n’est pas quelque chose d’angoissant pour moi. La souffrance, la maladie, oui, mais pas vraiment la mort. Je sais que pour d’autres personnes, ça se joue autrement, mais pour moi c’est un constat, un constat d’humilité aussi, c’est que j’ai beau être pasteure, j’ai beau être croyante, la foi, ça n’est pas une solution miracle.»
Pour aller plus loin
• Un océan de tristesse, Bettina Beer, Editions des Trois Colonnes, 2021, 152 p.
• Veilleur, où en est la nuit?, Adrien Candiard, Editions du Cerf, 2016, 112 p.
• «La spiritualité est-elle bénéfique à la santé mentale?», RTS, podcast Dingue, épisode du 8.1.2024.
• «Foi et dépression, la difficile alchimie», RTS, Hautes fréquences, 14.2.2021.





