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© Eglise St-François

Écouter le culte

Nous évoquons beaucoup dans nos églises la foi en Jésus-Christ et nous dépensons beaucoup d’énergie à essayer de convaincre nos contemporains qu’il est bon de croire en lui.

Si nous parlons beaucoup de la foi en Jésus-Christ, nous parlons rarement en Église de la foi de Jésus-Christ.

Prédication

Référence(s)
Marc
Chapitre
1
Versets
9
à
13
Marc
Chapitre
2
Versets
23
à
28
Marc
Chapitre
3
Versets
20
à
21

Pas de naissance miraculeuse.

Ni Joseph, ni Marie.

Ni l'ange Gabriel.

Ni le roi Hérode.

Ni bergers, ni mages.

Rien de tout cela.

J'aime cette sobriété.

Jésus entre en scène adulte, au bord du Jourdain.

En plein air, la scène ressemble à celle d'un festival.

C'est un peu paléo sur le Jourdain, en plus modeste, évidemment.

Sur scène, un prédicateur hirsute et mal fagoté tient en haleine son auditoire.

Jean le don de électriser les foules qui viennent à lui pour se faire baptiser, se purifier, se convertir.

Et donc c'est là que Jésus apparaît pour la première fois dans l'évangile de Marc.

Mais que faisait il donc là?

À peine a-t-on le temps de se poser cette question qu’elle est tout d'un coup submergée par beaucoup d'autres questions que soulève son baptême.

Et bien oui, parce que le baptême de Jésus a soulevé et soulève bien des questions.

Par exemple, Jésus avait-il vraiment besoin d'être baptisé ?

Avait-il besoin de se purifier, lui dont on nous a dit depuis notre plus tendre enfance, depuis notre catéchisme, que Jésus était sans péché ?

Ou encore Jésus avait-il besoin de se convertir, lui que l'on dit être de toute éternité en symbiose, en communion avec Dieu ?

Ce sont là des questions que l'on n’a cessé de se poser depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à aujourd'hui.

Grosso modo, je résume, la réponse, c'est que Jésus n'avait pas besoin d'être baptisé, non, mais qu'il l'a quand même été, non pour se purifier, non pour se convertir, mais pour revêtir pleinement notre humanité et se solidariser avec nos péchés.

Oui ! Oui !

Et j'en ai sans doute trop dit…

Ces explications ne me convainquent guère.

J'ai beau eu faire beaucoup d'efforts, mais je n'ai jamais cru que Jésus interprétait une partition programmée d'avance par Dieu.

Que sa vie et sa mort étaient codées d'avance.

Alors si tout n'était pas codé d'avance, ma question reste d'actualité : mais que faisait donc Jésus au bord du Jourdain?

Était il attiré par ce Jean, ce prédicateur dont il faut bien reconnaître qu'il était un drôle de numéro?

On ne peut répondre à cette question sans évoquer ici le contexte religieux dans lequel cette scène se déroule.

Le contexte religieux dans lequel Jésus a vécu.

Jésus était juif, il est né juif, il est mort juif.

J'espère que vous en êtes convaincus.

Et le judaïsme dans lequel Jésus a grandi et dans lequel il a évolué, était non seulement pluriel, mais il était aussi en pleine ébullition.

À Jérusalem, au Temple, le judaïsme était incarné par l'aristocratie sacerdotale, le parti des sadducéens, des prêtres, des lévites.

Dans les villages épars, dans les campagnes, le judaïsme était porté par les pharisiens, des hommes du livre et des hommes de la loi : des scribes.

Entre les sadducéens et les pharisiens, ça discutait ferme et parfois ça ferraillé même.

Et puis, à côté de ces deux principaux groupes, il y avait d'autres mouvements, des groupuscules plus ou moins organisés, souvent réunis autour d'une figure charismatique sortie du rang.

Jean était de ceux-là. Il y en avait d'autres.

Aujourd'hui, on dirait de Jean qu'il était un dissident, anti-système.

Il n'hésitait pas à dénoncer les prêtres à Jérusalem et les pharisiens, qu'il estimait n'être que des fonctionnaires de Dieu, trop tièdes, trop bien établis. 

D'autres encore, comme les Esséniens, s'était retiré du monde, vivaient dans leur monastère à Qumrân, histoire de préserver leur pureté.

D'autres encore n'hésitaient pas à prendre les armes, les sicaires, les zélotes.

Ils cherchaient avant tout à préserver leur identité, leur identité juive, la culture juive, la religion juive, contre le danger de sa dissolution dans l'Empire romain.

Et ils n'hésitaient pas à faire le coup de poing.

C'est donc dans ce contexte que Jésus a vécu.

Et c'est dans ce contexte qu'il entre en scène au bord du Jourdain.

Cela n'a rien d'anodin.

Jésus ne se retrouve pas là par hasard.

Personne n’allait écouter Jean par hasard.

Les auditeurs de Jean étaient des déçus du discours religieux officiels et dominants.

Ils avaient soif d'autre chose.

Jésus était il de ces déçus-là?

On ne connaît pas grand chose du parcours de Jésus avant qu'il ne débarque ainsi sur les rives du Jourdain.

Les théologiens, les biblistes subodorent toutefois que Jésus avait probablement été proche des pharisiens, qu'il avait été formé par eux, et que peut-être avait-il même été l'un d'entre eux.

Jésus doit aux pharisiens une bonne connaissance des Écritures.

Une connaissance que l'on vérifiera tout au long des Écritures ou tout au long de son ministère.

Il leur doit aussi le sens du débat.

Mais s'il se retrouve là, au bord du Jourdain, c'est sans doute qu'il a dû prendre ses distances avec les pharisiens.

Pourrions-nous donc concevoir que Jésus soit, au fond, en recherche, en quête?

En Église, nous sommes zélés à inviter nos ouailles : vous…à croireen Jésus…

Ah! Je ne vais pas vous dire le contraire !

Mais je crois que nous devrions plutôt souvent parler plus souvent parler de la foi de Jésus.

Cela nous permettrait sans doute de comprendre, de discerner ce que la foi de Jésus avait d'inédit, de nouveau et même d'audacieux.

Si Marc commence son évangile par l'évocation du baptême de Jésus, n'est ce pas, au fond, pour souligner, pour attirer notre attention, afin que nous comprenions qu'il se joue là quelque chose d'essentiel, que Jésus vit là, une expérience spirituelle fondatrice qui va orienter toute la suite de son ministère, toute la suite de sa vie ?

Et toute la suite de sa foi…

Dans l'évangile de Marc, lorsqu'il s'approche du Jourdain, Jésus n'exprime aucune intention.

Il ne demande même pas à être baptisé.

Il est plongé dans l'eau comme s'il suivait le mouvement.

En toute passivité.

Qu’attendait-il, Jésus, qu'espérait-il ?

Sans doute pas ce qui allait suivre.

Jésus, en ressortant de l'eau, est comme saisi, nous dit le texte.

Le baptême de Jésus, c'est plus qu'un simple rite, c'est une épiphanie, c'est un dévoilement et même une théophanie, une manifestation de Dieu.

Une voix se fait entendre. Comme celle que jadis Moïse ou Élie ont entendu sur le mont Horeb.

Une voix se fait entendre à la sortie de l'eau, comme celle que plus tard Saül entendra sur le chemin de Damas.

Que dit cette voix?

« Tu es mon fils bien aimé. Il m'a plu de te choisir. »

Alors qu'il cherchait Dieu, Jésus découvre que c'est Dieu qui le premier l'a trouvé et même choisi.

Ce que Jésus vit là est de l'ordre de la grâce.

La grâce, c'est un mot que seuls comprennent encore ceux qui parlent le patois de Canaan.

Pour le comprendre, il faut à nouveau faire le détour par l'hébreu.

En hébreu, le mot grâce signifie se pencher vers quelqu'un.

Jésus fait l'expérience que Dieu, le Dieu de ses pères, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, est un Dieu qui se penche vers lui.

Et par lui, vers tous les humains.

Il se joue donc là un retournement déconcertant, inouï.

L'Homme a toujours pensé qu'il devait s'élever vers Dieu.

Jésus fait l'expérience par ce baptême que c'est Dieu qui descend jusqu'à lui.

Tous les mouvements religieux que j'ai évoqué tout à l'heure et qui composaient le judaïsme de l'époque de Jésus, bien qu'ils aient été concurrents, avaient pourtant un objectif commun.

Qui était celui de de défendre Dieu.

Et chacun de ces mouvements pensait qu'il offrait la meilleure défense pour protéger Dieu.

Ainsi, au bord du Jourdain, Jean le bouillant, Jean le passionné, Jean pensait qu'il était le seul à défendre Dieu et que tous les autres, les prêtres, les pharisiens, qui le prétendaient aussi, n'étaient que des tièdes.

Cette expérience de la grâce que fait Jésus lors de son baptême va le marquer durablement.

Au point qu'il ne va avoir de cesse de la partager, cette expérience.

Tout particulièrement avec ceux et celles que l'on pensait être des réprouvés de Dieu, des mécréants, des impies.

Cette expérience va bouleverser Jésus et profondément influencer sa foi.

Dans son ministère, qui prend ici sa source, Jésus n'aura de cesse de conjuguer et Dieu et l'homme.

Voilà l'inédit de la foi de Jésus : conjuguer et Dieu et l'homme.

Alors même que tant de prédicateurs, de prophètes, de croyants pensent que leur vocation est de défendre Dieu en mode binaire - ou bien Dieu ou bien l'homme - peu après son baptême, Jésus affirmera ainsi que l'homme n'est pas fait pour le sabbat, mais que le sabbat est fait pour l'homme.

Retournement.

Jésus n'est pas venu défendre Dieu contre l'homme, mais il est venu défendre et Dieu et l'homme. 

Il faut le dire haut et fort aujourd'hui.

Si vous êtes un peu attentif à l'actualité, vous aurez remarqué qu'il y a des tendances lourdes dans les religions et dans le christianisme, des tendances lourdes qui se font jour, où des croyants chauds bouillants cherchent à défendre Dieu contre le monde et les humains.

Jésus n'a jamais cherché à défendre Dieu contre les hommes.

Ni n'a cherché d'ailleurs à se défendre lui-même.

Allez relire son procès, allez relire ce moment où, à Gethsémané, il demande à Pierre de rengainer son arme.

La foi chrétienne, je le crois à la suite de Jésus, nous invite à résister à cette tentation, qui est une tentation toute religieuse, de vouloir défendre Dieu.

Dieu n'a pas besoin d'être défendu !

Pour cela, Jésus passera, aux yeux des bien-pensants de son temps, comme un doux-dingue.

Comme aux yeux de sa propre famille, qui viendra le chercher.

Parce que, pensaient-il, il a perdu la tête.

C'est ainsi souvent le cas de ceux qui élargissent notre horizon.

Que d'être pensés comme des dissidents, des doux-dingues.

Amen.