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Le synode de l'EERS réuni à Berne (Photo: Matthias Wirz)
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Le synode de l'EERS réuni à Berne (Photo: Matthias Wirz)
Le synode de l'EERS réuni à Berne (Photo: Matthias Wirz)

L’Église réformée suisse indemnisera les victimes d’abus

3 novembre 2026
 
5 min de lecture
Une commission nationale de traitement des abus commis au sein de l’Église réformée suisse sera créée. Elle pourra verser jusqu’à 20'000 francs par victime. Décision prise par le Synode, qui renonce par ailleurs à donner un mot d’ordre sur la votation fédérale concernant l’exportation du matériel de guerre.

« Nous voulons dire aux victimes que nous prenons au sérieux ce qu’elles ont subi et que nous assumons la responsabilité de ce qui leur est arrivé en notre sein. » L’affirmation d’une prise de conscience institutionnelle, exprimée par la présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), Rita Famos, a ouvert les débats du Synode sur le point le plus attendu de l’ordre du jour de son assemblée d’automne : le traitement des abus subis au sein des Églises réformées du pays. Et l’organe délibérant a validé cette posture. Réuni les 2 et 3 novembre à l’Hôtel de Ville de Berne, il a approuvé la mise en place d’une commission indépendante, à l’échelon national, pour la reconnaissance de ces cas.

Le dispositif prévoit des versements allant jusqu’à 20’000 francs ou des gestes symboliques de la part des Églises, comme des excuses publiques à l’adresse des personnes concernées. Malgré un large consensus sur le dispositif esquissé, certains délégués ont pourtant émis des doutes, au cours du débat, sur le caractère contraignant des décisions de cette commission ou sur la manière dont les signalements seront traités. La Conférence Femmes et Genres a notamment critiqué le fait que les personnes victimes doivent d’abord s’adresser à une instance ecclésiastique. Le Synode a dès lors approuvé un amendement des Églises réformées de Berne-Jura-Soleure, demandant à l’EERS de consulter des experts provenant des Églises membres « pour clarifier les questions en suspens et les procédures liées à la mise en œuvre ».

C’est auprès de l’Église cantonale dans laquelle un abus s’est produit que se fera le signalement, lequel sera transmis à la commission nationale, afin de garantir un traitement équitable à toutes les victimes. « Ce processus est essentiel, a souligné la déléguée vaudoise Anne Abruzzi : cela évite à la victime de devoir entamer une double procédure, cantonale et nationale, et cela évite aussi que les cas soient traités selon une double logique. » Le versement de l’éventuelle prestations matérielle, décidée par la commission indépendante essentiellement pour les victimes qui ne peuvent recourir à des procédures judiciaires, sera ensuite à nouveau du ressort de l’Église cantonale.

Pas de consigne de vote

L’autre dossier attendu du synode a déclenché un débat nourri. Et au final, l’assemblée a rejeté de justesse une résolution portée par l’Église réformée de Thurgovie : elle demandait que l’Église suisse recommande le « non » à l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre, soumis au scrutin populaire le 29 novembre. « Ceux qui commercent des armes ne doivent pas faire preuve de moins, mais de plus de responsabilités. Être responsable, c’est donc ne pas vouloir assouplir ce commerce », a plaidé la présidente de cette Église cantonale, Christina Aus der Au pour appuyer son rejet catégorique du projet de loi. Une position soutenue par la présidente des réformés zurichois, Esther Straub. Selon elle, le durcissement de l’exportation d’armes par les Chambres fédérales, en 2021, était le fruit de l’intervention des réformés dans le débat : « Il ne faudrait pas que ce succès de notre Église soit maintenant inversé », a-t-elle plaidé.

Au moment du vote, trois voix ont manqué au Synode pour que la résolution passe la rampe de la majorité nécessaire des deux tiers. L’Église réformée s’abstient donc de toute recommandation en vue du scrutin de la fin du mois. Car en fait, le débat était ailleurs. La discussion animée a tourné à la dispute autour du positionnement de l’Église dans les questions politiques. « Nous ne sommes pas un parti politique, a ainsi insisté la déléguée vaudoise Anne Abruzzi : nous n’avons pas à donner de consigne de vote, mais devons rester au service de la population de manière inclusive. » Une position appuyée par le président de l’Église d’Argovie, Christoph Weber-Berg, qui a appelé les réformés à contribuer au débat politique par des arguments et de l’analyse plutôt que par un mot d’ordre univoque. Ce que l’Église réformée suisse a d’ailleurs déjà fait, a rappelé sa présidente, Rita Famos, renvoyant à la prise de position sur la révision de la loi sur le matériel de guerre, publié par son Conseil le mois dernier : « Il ne faudrait pas donner l’impression, en édictant des mots d’ordre, qu’il n’y a qu’une seule réponse chrétienne possible en face des objets de votation. Il revient aux gens de se décider par eux-mêmes. »

Asile et mémorial

Le Synode a par ailleurs entériné à l’unanimité une contribution de solidarité de 470'000 francs en faveur de l’aumônerie dans les centres fédéraux d’asile. La faîtière réformée soutiendra ainsi l’an prochain les services fournis par les Églises cantonales dans lesquels ces centres sont établis. Elles pourront alors assurer l’accompagnement des requérantes et des requérants d’asile indépendamment de leurs ressources propres.

Enfin, l’Église réformée du pays a choisi de s’associer au réseau du Mémorial suisse pour les victimes du national-socialisme, qui compte un lieu de mémoire en ville de Berne et différentes initiatives de médiation et d’éducation. Cette décision témoigne, selon la présidente Rita Famos, de « l’implication de longue date de notre Église dans le dialogue judéo-chrétien et constitue un signe clair de l’importance de la culture du souvenir ».

 

Elections

Le Synode de l'EERS a réélu à l’unanimité le pasteur Gilles Cavin comme président de son synode (assemblée délibérante) pour les années 2027-2028. Le Valaisan exerce cette fonction depuis deux ans déjà.

La Vaudoise Anne Abruzzi a quant à elle été choisie comme membre de la commission de contrôle de la gestion de l’EERS. Elle remplace une autre déléguée vaudoise, la pasteure Aude Collaud, qui quitte le Synode.