
L’accompagnement spirituel en mutation
Conçu comme un lieu de dialogue, de réflexion et de partage d’expérience, ce symposium s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue de l’accompagnement spirituel centré sur le patient. L’entrée sera gratuite, mais la participation se fait sur inscription.
Invité à s’exprimer à cette occasion, Jean-Christophe Emery, directeur de Cèdres Formation, l'organe de formation théologique de l'Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), parlera des évolutions de la formation théologique dans l’accompagnement spirituel.
Une remise en question
Dans une société marquée par la sécularisation, la baisse de la pratique religieuse et la généralisation de formes de spiritualité hors Églises, la formation des accompagnateurs spirituels fait face à une sorte de remise en question. « Il pourrait en particulier y avoir des a priori dans la représentation que les gens se font de l'accompagnement spirituel, qui doit rester neutre, observe Jean-Christophe Emery. Cet accompagnement est en train de se professionnaliser, mais son évolution va de pair avec un questionnement de ses liens avec le religieux, qui apparaissent aujourd'hui de moins en moins pertinents pour le grand public. »
Dans ce contexte, la question se pose de savoir s'il conviendrait d’élargir la formation en accompagnement spirituel à des personnes sans aucun bagage théologique. « À l'heure actuelle, un certain nombre de candidats veulent faire le CAS en accompagnement spirituel et n'ont pas d'ancrage ou de connaissances religieuses ou théologiques, poursuit Jean-Christophe Emery. Ils sont donc invités à suivre le Séminaire de culture théologique. Notre public s’est beaucoup diversifié au cours des dernières années, parce que ces personnes viennent s’ajouter aux diacres et aux animateurs d'Église. »
L’importance de la théologie
Lors du symposium, Jean-Christophe Emery présentera, en réponse à cette évolution, six éléments de discussion et de réflexion sur l’importance du Séminaire de culture théologique.
1. La tradition chrétienne joue un rôle important dans l’accueil, l’écoute et l'accompagnement
Non seulement son rôle dans ces domaines est historique, mais elle a marqué de son empreinte les mouvements caritatifs, en raison de ses fondements théologiques et de ses pratiques. En fait, l'engagement chrétien dans les œuvres sociales est une expression directe de la foi. D’ailleurs, les structures d’aumônerie actuellement en place sont l’œuvre des institutions religieuses.
2. L’outil fondamental de la théologie, l’herméneutique, est aussi un art du questionnement
En accompagnement, la vie de la personne est reçue comme un récit. « Avec l’herméneutique, qui est la science de l’interprétation, nous avons un socle de compétences qui permet d'entendre des récits, de les interpréter, de proposer du sens et de les situer dans un contexte plus large, avec une bonne appréhension théologique et sociologique », affirme Jean-Christophe Emery. Face à une épreuve, comme la maladie ou un deuil, l'approche herméneutique permet de ne pas rester bloqué sur des questions vaines, comme « Pourquoi ? »
3. La théologie permet d’acquérir une distance réflexive
« La théologie, ce n'est pas du catéchisme, dit Jean-Christophe Emery. Elle donne des outils pour permettre de se déterminer sur ses propres croyances, ce qui en fait un outil de repérage. Et puis, la tradition chrétienne n’est pas quelque chose que l’on peut évacuer socialement. Même si 40% des Suisses ne se situent plus dans la tradition chrétienne, un peu plus de 50% se reconnaissent encore dans l’une des deux grandes confessions du pays. Et les gens qui ne se sentent pas affiliés à la tradition chrétienne peuvent avoir un patrimoine chrétien qui n’est pas mobilisé, mais qui fait partie, au fond, d'une sorte de viatique plus ou moins conscient. »
4. La tradition réformée valorise ce qu’on appelle la question des médiations
La question des médiations désigne l'étude de la manière dont un Dieu infini et invisible entre en relation et se rend accessible à l'humanité, qui est finie et visible. « En clair, nous n’avons pas un accès direct au divin, à l’absolu, mais un accès indirect, par le biais des textes sacrés, des interprétations et des traditions. Cela installe en quelque sorte chez l’individu une saine distance, quand il s’agit de questionner et de restituer certains éléments, car il va se méfier un peu de toute immédiateté, où il risquerait de prendre une posture trop assertive ou autoritaire. Et cela amène à intégrer une pluralité de points de vue, parce que les interprétations des différentes confessions chrétiennes, pour ne prendre que cet exemple, ne sont pas toujours identiques. »
5. La théologie englobe une dimension déontologique
« Plus exactement, l’accompagnateur spirituel n’est pas là pour convaincre les gens d’une vérité. C’est un point qui compte beaucoup dans la façon d'accompagner les gens. Cela ne signifie pas pour autant que la personne qui écoute est neutre. Nous avons tous une posture, un positionnement qui se nourrit de nos convictions. Mais lorsque ce dernier est ancré, sereinement, dans la complexité de la vie, le besoin de convaincre l’autre pour se rassurer diminue un peu. »
6. La théologie comporte forte tradition éthique
La théologie offre une réflexion éthique qui permet de problématiser les grands enjeux de l’existence. Ce patrimoine à la fois intellectuel et existentiel génère des outils pour appréhender la complexité des questions qui se posent en situation d’accompagnement : celles de la finitude et de la mort, des décisions thérapeutiques ou de la dignité de la personne.
Aumônerie à domicile
« Nous sommes dans une situation où l’accompagnement spirituel est en pleine mutation, souligne Jean-Christophe Emery. Les Églises catholiques et réformées bénéficient de la confiance de l'État et des institutions qui abritent des aumôneries. La demande est forte, si bien que nous n’avons parfois pas suffisamment de ressources pour proposer des accompagnants spirituels. Il y a aussi des projets de développement, entre autres pour l'aumônerie de proximité, qui se déplacerait à domicile avec un professionnel de santé des centres médico-sociaux pour offrir ses services. »





