Aller au contenu principal
Temple de Morges (©Alexandre Urfer)

Écouter le culte

Deux textes, issus du même auteur, l’évangéliste Luc, relatent l’Ascension de Jésus. Nous en explorerons les points communs, les différences, ainsi que ce qu’ils peuvent nous inspirer aujourd’hui dans notre quotidien. 

Prédication

Référence(s)
Luc
Chapitre
24
Versets
36
à
53
Actes
Chapitre
1
Versets
1
à
11

Vous venez d'entendre les deux récits de l'Ascension du même auteur, l'évangéliste Luc : l'un tiré de son évangile et l'autre du livre des Actes.

Deux textes adressés clairement à une même personne, Théophile, dont il est vrai que nous ne savons pas grand'chose. Ainsi Théophile, signifiant en grec « Ami de Dieu », pourrait donc désigner chacune et chacun de nous. Nous qui sommes ce matin de tout coeur à l’écoute de notre Dieu, présent ici dans sa maison et présent chez vous, dans votre maison.

Mais peut-être l'avez-vous remarqué, Luc n'a pas vraiment cherché à harmoniser ses deux récits.

Il y a d'abord une différence de calendrier.

Dans le récit de l'évangile, Jésus s'élève en bénissant ses disciples le soir même du jour de sa résurrection. En effet, le passage que nous venons d'entendre est précédé du récit de la rencontre de Jésus avec deux disciples sur le chemin d'Emmaüs, récit clairement situé juste après la résurrection. Et, comme vous avez pu l'entendre, le passage lu tout à l'heure débute par ces mots "Ils parlaient encore".

Luc situe donc bien son récit de l'Ascension, dans son évangile,, le soir même de la résurrection du Christ.

Par contre, dans le livre des Actes, Luc, dans son introduction à Théophile, précise clairement que 40 jours séparent la résurrection du Christ de son Ascension.

Cette différence de calendrier peut sembler anodine. Pourtant je trouve qu'elle donne une couleur, une sensibilité, une ambiance bien différente d'un récit à l'autre.

Comme si Luc avait senti d'avance que nous aurions besoin de ces deux approches différentes pour ressentir pleinement cette présence du Christ ressuscité et ce mystère de l'Ascension.

Ce qui me touche particulièrement, dans ces deux récits, c'est l'approche de Jésus envers ses disciples.

Dans l'évangile, Jésus apparaît au moment où ses disciples sont le plus dans l'émotion. Ils sont en deuil venant de perdre trois jours plutôt leur maître, leur ami, leur espérance. Et voilà que certains d'entre eux affirment l'avoir vu vivant. Dans la tristesse, les interrogations et la fragilité qui doivent les habiter, on comprend bien la crainte et la terreur qu’ils ont, tout à coup, en voyant Jésus.

Jésus pourtant choisi justement ce moment-là, pour les faire passer de la crainte à la joie. Il vient les rejoindre au cœur de leur souffrance, dans ce moment où ils ont particulièrement besoin de lui.

Et l'attention de Jésus envers ses disciples est si pleine de compassion qu'avant de leur parler, il les invite à le regarder et même à le toucher. Puis il partage avec eux un repas. Gestes concrets, rassurants, quotidiens qui leurs permettent effectivement de passer de la crainte à l'étonnement et de la terreur à la joie.

Cette proximité du Christ dans les gestes me rejoint tout particulièrement.

Il est vrai que lorsque nous traversons un temps de souffrance, nous avons, bien souvent, besoin juste d’une présence et de gestes simples et quotidiens qui réconfortent. 

Alors oh combien nous pouvons comprendre que Jésus vienne, juste à ce moment-là, pour réconforter les siens. Et oh combien, je le crois, Jésus aujourd'hui encore nous offre sa présence et son amour, particulièrement dans les moments difficiles de notre vie.

Autre ambiance dans le récit des Actes. 40 jours se sont écoulés, les disciples ont vu Jésus à plusieurs reprises. Mais Luc ne nous dit pas grand’chose de ces rencontres, sinon que Jésus leur parle du Royaume de Dieu et qu'il les exhorte à rester pour l'instant à Jérusalem. Ce n'est que la dernière rencontre qu'il nous raconte plus en détail: un repas partagé, des questions et une réponse que je ressens assez sèche de la part de Jésus, remettant au centre l'autorité du Père. Pas de bénédiction cette fois-ci, mais un envoi clair en mission jusqu'au bout du monde. Puis cette intervention d'un tiers (même de deux tiers) pour encourager, exhorter les disciples à retourner dans le monde.

J'ai été très vite tentée de préférer largement le récit de Luc dans les évangiles et cette approche de Jésus pleinement de compassion.

Peut-être que vous aussi…?

Pourtant le récit des Actes nous invite à aller plus loin. Après l'émotion, vient le temps de la réflexion, du partage puis de la responsabilité. Pas question de garder cette joie profonde d'une relation proche avec le Christ juste pour soi. Les disciples sont appelés clairement à aller la partager, leur joie.

Je le crois, le Christ vient nous rejoindre dans des moments forts de notre vie où la joie de le reconnaître fait vraiment bondir notre cœur. Mais je le crois aussi, il nous invite à transmettre cette joie, largement et même jusqu'au bout du monde.

Je suis heureuse de ces deux approches bien différentes d'un même auteur. L'une conclut les Evangiles, la Bonne Nouvelle par une confession de foi joyeuse des disciples suite à tout leur vécu avec le Christ. Alors que la seconde, située au début du livre des Actes, est une vraie mise en route, une mise en pratique dans une nouvelle relation avec un Christ ressuscité.

Je crois que chacune de ces deux approches peut nous rejoindre à l'un ou l'autre moment de notre vie.

Oui, quand le Christ vient nous rejoindre alors que nous traversons une période pleine d'émotions et de fragilité, ce sont des moments forts qui bien certainement ouvrent notre cœur à sa présence et nous aident, nous aussi, à passer de la crainte à la joie et à la louange.

Et oui aussi, quand le Christ vient nous rejoindre à travers notre recherche théologique et les questions que nous nous posons, ce sont des moments tout aussi forts qui nous permettent de nous rapprocher de lui et de renforcer notre lien.

Ce sont tous ces moments-là de notre foi, différents, qui nous construisent dans notre identité de chrétiens.

Pour terminer, afin d'illustrer ce mystère de l'Ascension et de la présence infinie du Christ, j'aimerais vous partager une image, celle du soleil.

Le soleil est, nous le savons bien, physiquement et spatialement très loin de nous. Il se situe au ciel. Pourtant, malgré son éloignement, il nous touche, nous éclaire, nous réchauffe, il rend notre vie plus belle.

Il en va de même, je le crois profondément, du Christ. Il est monté au ciel. Néanmoins par sa parole et son esprit, comme les rayons du soleil, le Christ nous illumine, nous réchauffe, nous transforme et indéniablement, il rend notre vie plus belle !

Alors soyons aujourd’hui dans le même état d’esprit que les disciples au jour d’Asencion : « Ils retournèrent à Jérusalem plein de joie. Ils se tenaient continuellement dans le Temple et louaient Dieu»

Amen.