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Cathédrale Saint-Ours à Soleure

Sale temps pour l’aumônerie hospitalière soleuroise

 
4 min de lecture
Le canton de Soleure veut supprimer sa contribution de quelque 700'000 francs à l'aumônerie hospitalière, qui perdrait ainsi la moitié de son budget. Les Eglises tentent de sauver ce qu’elles peuvent. En Suisse romande, la situation varie selon les cantons.

Fortement endetté, le canton de Soleure a décidé en 2024 d’un plan de mesures d’économie prévoyant des coupes budgétaires pour un montant total de 57 millions de francs. Les Églises soleuroises se sont mobilisées et ont réussi à obtenir un sursis jusqu’en 2026. À présent, le gouvernement cantonal part du principe que les Églises trouveront elles-mêmes une solution pour financer l’aumônerie hospitalière.

Dans le plan d’économies ficelé en 2024, neuf mesures concernent le secteur de la santé. Parmi celles-ci figure notamment la suppression de la partie de l'aumônerie hospitalière financée par le budget global de la santé. « C’est au Parlement qu’il reviendra de se prononcer définitivement sur la mise en œuvre de ces mesures dans le cadre de la procédure budgétaire », précise Thomas Wysseier, responsable des services centraux et directeur adjoint du Service de santé publique du canton de Soleure.

Discussions infructueuses

Avant d’en arriver à cette extrémité, des discussions ont eu lieu entre des représentants des Églises, des hôpitaux et du canton au sujet du financement de l’aumônerie hospitalière. Mais le gouvernement a campé sur ses positions. « Nous allons nous battre, promet Evelyn Borer, présidente de la commission de direction de l'aumônerie hospitalière et présidente du conseil synodal de l'Église évangélique réformée du canton de Soleure. Au cours des prochains mois, nous allons tenter de convaincre le canton, respectivement le Grand Conseil, de la nécessité d’une participation financière à l’aumônerie hospitalière afin d’obtenir ainsi une contribution de base. Pour nous, il est clair que le canton a une responsabilité. L’aumônerie hospitalière est inscrite dans la loi cantonale sur la santé. »

Les Églises pourraient envisager d’allonger elles-mêmes 200 000 francs supplémentaires à leur propre contribution.  Quant à la société des Hôpitaux Solothurner Spitäler AG, elle pourrait augmenter sa participation de 100 000 francs. Cependant, il resterait malgré tout un déficit annuel d'environ 400 000 francs.

En l’absence de solution, il faudra réduire les prestations. « Les mesures d’économie qui se profilent pèsent également sur les aumôniers, ajoute Evelyn Borer, interrogée par mail. En raison de l’incertitude liée à la planification, les postes vacants ne peuvent être proposés qu’avec des contrats à durée déterminée. Cela complique le processus de recrutement et entraîne une charge de travail supplémentaire pour l’équipe en place. »

Situation variable en Suisse romande

Qu’en est-il en Suisse romande ? « Les conditions-cadres en Suisse varient beaucoup d'une région à l'autre, explique Susanne Altoè, présidente de l’Association professionnelle aumônerie en milieu de santé (APA). En tant que service public, l’aumônerie bénéficie encore souvent d'une priorité élevée dans la répartition des ressources. En même temps, la diminution des moyens financiers et en personnel pose problème à de nombreuses Églises. »

Renseignement pris, c’est le statu quo dans la quasi-totalité des cantons romands. Ainsi, dans le canton du Valais, « il n'y a à l'heure actuelle aucune volonté du côté de l'hôpital de réduire le pourcentage global de l'enveloppe affectée à l’aumônerie hospitalière », déclare Pierre-Yves Maillard, Vicaire général du Diocèse de Sion. Même son de cloche à Genève : « Les aumôneries des Hôpitaux universitaires genevois (HUG) bénéficient d’un soutien financier constant de la part de la République et du canton de Genève depuis plusieurs décennies », indique le service des médias des HUG. Dans les cantons de Fribourg et Neuchâtel, aucune menace dans l’air non plus. Christine Hahn, conseillère synodale neuchâteloise et référente aumônerie et diaconie : « Pour le moment, il n’est pas question de baisser les subventions. » Le canton du Jura connaît une situation identique : une convention a été signée en décembre 2025 et tous les voyants sont au vert… du moins pour l’instant.

Réduction temporaire en vue

La situation est légèrement différente dans le canton de Vaud. « Il n'y a pas eu de coupe budgétaire spécifique à l'aumônerie, mais vu la situation financière de l'État, une réduction temporaire de la subvention globale accordée aux Églises a été convenue avec ces dernières », relève Jean-Luc Schwaar, directeur général du département des institutions, de la culture, des infrastructures et des ressources humaines du Canton de Vaud. Une partie des subventions de 62,7 millions versées aux Églises de droit public pour leurs missions sert à l’aumônerie hospitalière. Dans le cadre du budget 2026 de l'Ébat de Vaud, un train de mesures d'économie a été présenté par le Conseil d'État, prévoyant une réduction de la subvention globale de 1,2 million pour 2026, 1,4 million pour 2027 et 1,4 million pour 2028.

Quelques chiffres

Une étude de l’Université de Zurich publiée en 2025 illustre, à l’échelle de la Suisse, le besoin important en aumônerie hospitalière : la moitié de la population zurichoise (49,3 %) souhaite bénéficier du soutien de l’aumônerie hospitalière en cas d’hospitalisation. Pas moins de 57 % des jeunes adultes (16-29 ans) estiment que l’aumônerie hospitalière fait partie intégrante d’une prise en charge globale de la santé et souhaitent pouvoir recourir à cette offre.

Pour plus de la moitié de la population, la spiritualité joue un rôle important en cas de maladie (52,3 %) et dans les moments difficiles de la vie (56,1 %).

Environ 60 % des patients souffrant de douleurs souhaitent que les aspects spirituels soient pris en compte dans leur traitement, selon une recherche de l’Université de Zurich dans le cadre du programme du Fonds national suisse PNR 74 « Soins de santé ».