
Le synode vaudois réaffirme son soutien à la lutte contre les abus
« C’est un grand pas pour l’Église », lâche un membre du synode (organe délibérant) de l’Église réformée vaudoise (EERV). Il évoque la mise en œuvre de la Fondation pour la prévention, la protection et la lutte contre les abus (FPPLA). Le Conseil synodal (exécutif) en fait état dans son rapport de gestion 2025 soumis au synode réuni les 19 et 20 juin à Penthalaz. Opérationnel depuis janvier, l’organe indépendant peut être saisi par toute victime présumée d’abus de la part d’une personne employée par l’EERV.
Si le délégué salue l’avancée, il butte sur une phrase du rapport: « La fondation suspendra ses travaux si une plainte pénale est déposée par la victime présumée. L’EERV ne veut pas d’une justice parallèle à l’autorité judiciaire publique. » Pourquoi parler de justice parallèle alors que le travail de la fondation est d’établir des faits?, s’étonne le délégué.
Réponse de la conseillère synodale Anne Abruzzi : l’un des rôles de la Fondation est bien d’émettre des recommandations aux autorités de l’Église, mais « quand il y a une plainte pénale, il est important que la justice ait accès au dossier. Nous ne voulons pas de quelque chose d’interne et d’obscur ».
Les réactions dans l’assemblée ne se font pas attendre. « Il y a une différence entre justice pénale et déontologie », affirme une déléguée. À sa suite, plusieurs de ses collègues s’interrogent : en quoi le dépôt d’une plainte pénale de la part d’une victime présumée d’abus empêcherait-elle l’Église de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de l’auteur présumé des faits ? Et comment s’assurer de la solidité des procédures pour faire respecter le code déontologique signé par les employés de l’EERV, ministres comme laïcs ?
Pendant les échanges, beaucoup de sous-entendus sont faits au récent licenciement d’une ministre de l’EERV, dont l’agrégation s’est vue retirée par l’Église réformée neuchâteloise pour manquements à la déontologie. Une motion d’ordre met fin à un débat qui risque de prendre une pente glissante, permettant ainsi de garantir la confidentialité des éléments du dossier et le respect du droit des personnes.
En revanche, le synode choisit une autre option. L’exécutif, la commission de gestion, la commission de traitement des litiges et l’association des professionnels devront se rencontrer au moins une fois – sous la houlette du Bureau du synode – pour aborder les questions soulevées par les affaires liées à des abus de la part d’employés de l’EERV. L’objectif : améliorer les processus en route pour lutter contre les abus et protéger les victimes.
Huis-clos refusé
Les discussions reprennent de plus belle à la lecture du rapport de la commission de gestion sur les ressources humaines. Celle-ci pointe des manquements à l’application des procédures : disparité dans les engagements, cahiers des charges vagues, objets de convocations équivoques et un accroissement des situations conflictuelles. La commission propose même un audit.
Si Conseil synodal ne nie pas l’existence de situations compliquées, il appelle à ne pas faire des généralités. L’assemblée, elle, est divisée. Pour débattre de la nécessité ou non de faire un audit en toute liberté, comprenez sans la présence des membres des ressources humaines, le huis-clos est demandé. Il est balayé d’un revers de main. Pas d’audit non plus.
Mais la commission consultative des ressources humaines sera nommée avant fin septembre. Et dans l’immédiat, il est urgent de gonfler les effectifs de la commission de traitement de litiges qui avoue ne plus avoir les forces pour une nouvelle affaire et craint de finir par manquer de « justice et de justesse » dans les dossiers à traiter.
Exécutif au complet
Cette session a aussi été l’occasion pour les délégués de compléter leur exécutif. Avec 40 voix sur 51, la pasteure Diane Barraud-Astefan, candidate unique, est élue au Conseil synodal. A tout juste 50 ans, pasteure à Point d’Appui, un service des Églises catholique et réformée vaudoise auprès des personnes migrantes, elle rejoindra le collège dès le 1er septembre. Elle remplace la pasteure Laurence Bohnenblust-Pidoux actuellement en arrêt de travail pour des raisons de santé et qui quittera son poste au 31 août.
Comptes positifs
Les délégués ont également validé les comptes 2025 de l’EERV avec un résultat positif par rapport au budget déficitaire prévu. Le bénéfice de près de 160’000 fr. est notamment dû à l’arrêt de projets, aux rendements des placements financiers ainsi qu’aux prestations des assurances sociales.



