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©Pierre Terraz
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©Pierre Terraz

A Kiev, une courte trêve pour la Pâque orthodoxe

11 mai 2026
Reportage
Pour la Pâque orthodoxe, le week-end du 12 avril, le président russe Vladimir Poutine a accepté une trêve express de 32 heures proposée par Volodymyr Zelensky. A Kiev, les fidèles épuisés par la guerre ont célébré les festivités dans l’urgence, avant la reprise des combats.

De somptueux chants émanent du monastère baroque Saint-Michel-au-Dôme-d’Or, dans lequel se presse une foule compacte de fidèles. Lorsque l’office de la Résurrection débute, au beau milieu de la nuit, le prêtre entame les premières prières liturgiques. Quelques bougies éclairent les mosaïques byzantines et les fresques murales peintes sur les arches de couleur bleue. Les femmes se couvrent les cheveux, prient, embrassent respectueusement une icône sacrée qui trône au centre de la nef. Le lendemain matin, un séminariste court dans tous les sens devant l’immense monastère qui trône en plein centre de Kiev depuis neuf siècles. Cela fait des mois que le jeune homme n’a pas vu autant de croyants affluer en même temps vers le lieu saint de la capitale. L’Ukraine compte encore près de 65 % d’orthodoxes. Après avoir été longtemps dépendante du patriarcat russe, l’Église orthodoxe ukrainienne a proclamé une indépendance contestée par certains fidèles vis-à-vis de Moscou, au début du conflit, en 2022.

Missiles russes sur le parvis
«Mon cœur se remplit de joie de voir autant de monde faire l’effort de venir célébrer l’office tous ensemble en ces temps particulièrement troublés», déballe Artem dans sa robe noire, du haut de ses 19 ans. Juste avant le début du week-end, vendredi, le président russe Vladimir Poutine a annoncé accepter la trêve de deux jours proposée par les Ukrainiens pour célébrer pacifiquement la Pâque orthodoxe. Les festivités se sont organisées dans l’urgence.

Pas moins de 160 églises de la capitale ont été placées sous haute surveillance par la police pour assurer le bon déroulé des célébrations. À Saint-Michel-au-Dôme-d’Or, des centaines de fidèles de tout âge se sont ainsi réunis pour prier, des heures durant, la résurrection du Christ. Dimanche matin, de nouveaux fidèles continuent inlassablement d’arriver, sous un grand soleil, après une semaine glaciale de neige et de pluie. Des familles font des selfies devant l’édifice, à côté de blindés et de missiles russes exposés sur le parvis. Tous se souhaitent des vœux de bonheur en partageant du paska, un pain sucré traditionnel.

Une icône sur un couvercle de munitions
Hermann, lui, paraît pieux dans son costume folklorique ukrainien, impeccablement repassé pour l’occasion. À 24 ans, ce dessinateur d’icônes passionné est fier de montrer les échantillons de son travail qu’il fait défiler sur l’écran de son smartphone: «Cette peinture qui représente la Vierge Marie et l’enfant, je l’ai réalisée sur le couvercle d’une caisse de munitions récupérée dans la ville d’Izioum. Je l’ai offerte au président Zelensky, qui l’a lui-même donnée en cadeau au pape Léon XIV lors de sa nomination au Vatican. Regardez, sur cette photo on voit notre président donner mon icône au pontife!», se réjouit le jeune homme. Avant de poursuivre: «Dessiner des icônes sur des munitions usagées, c’est devenu ma spécialité depuis le début de la guerre. J’habite à Kiev, mais j’ai déjà exposé mon travail à Paris et au Mozambique.»

Les bombardements continuent
Au milieu de la foule, qui patiente calmement pour se faire bénir par les prêtres défilant sur le parvis du monastère avec leurs aspersoirs, une jeune femme est moins enthousiaste que son camarade. «Le cessez-le-feu a été annoncé pour 32 heures, pas une de plus, tout cela est absurde. Que devrions-nous dire? Merci à la Russie? C’est ridicule», confie Paulina, 29 ans, les larmes aux yeux.
Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait officiellement proposé de prolonger la trêve symbolique de Pâques, samedi, pour se diriger vers un cessez-le-feu plus long et stable, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a finalement annoncé dimanche après-midi que les hostilités reprendraient dès la fin des 32 heures convenues. Durant le week-end, les autorités ukrainiennes ont par ailleurs annoncé avoir enregistré 2299 violations du cessez-le-feu, dont 479 bombardements.